Premier Sang

Premier Sang, Amélie Nothomb
Albin Michel, 180 pages, août 2021

Quatrième de couverture :

« Il ne faut pas sous-estimer la rage de survivre. »

Mon avis :

Amélie Nothomb, c’est le rendez-vous de la rentrée. Dans Premier Sang, l’auteure va nous présenter Patrick Nothomb… qui n’est autre que son père. Alors que l’on s’apprête à le mettre à mort et que douze armes sont braquées sur lui, il repense à sa vie. Sa naissance a lieu quatre ans avant la Seconde Guerre mondiale. Orphelin de père à seulement 8 mois, il est élevé par ses grands-parents, car sa mère, Claude, ne parvient pas à surmonter ce deuil et est totalement incapable de s’en occuper. Il nous relate ses souvenirs d’enfance chez ses grands-parents maternels, Bon-Papa et Bonne-Maman. Un peu avant de rentrer à l’école primaire, afin de l’aguerrir, Bon-Papa décide de l’envoyer chez ses grands-parents paternels, qui vivent à Pont d’Oye. Son grand-père a eu treize enfants de deux mariages, dont trois sont décédés ; le petit dernier, Charles, est de l’âge de Patrick. Nous assisterons également à l’adolescence de Patrick et ses premiers émois amoureux. Puis, nous le verrons devenir diplomate, mais découvrirons aussi l’importance du poste qu’il occupe par la suite : celui de consul au sein de la République démocratique du Congo.

Cette biographie aux allures de conte célèbre la force de vie qui anime Patrick Nothomb. Les premières pages sont très intenses, avec ce passage où cet homme se retrouve sur le peloton d’exécution. Amélie prend alors la plume pour écrire « à la place de son père », se mettant ainsi dans sa peau et décrivant ce qu’il a pu ressentir. Enfant unique, elle parvient à nous transmettre en scène la solitude qu’il éprouve, sa relation avec sa mère difficile, mais aussi sa rencontre avec ses oncles et tantes, qui l’effraient dans un premier temps avant qu’il ne se sente finalement comme chez lui parmi eux. Avec son grand-père, aristocrate qu’il admire, il parlera poésie. C’est également pour le lecteur l’occasion de découvrir la famille d’Amélie Nothomb, qui est pour le moins originale, entre Bruxelles et Pont d’Oye. Grâce à Premier Sang, Amélie Nothomb fait de nous les témoins de l’amour et de l’estime qu’elle vouait à son père. C’est un roman très intime, et on ne peut qu’être admiratif de la façon dont elle parvient à se connecter à lui et à lui donner la parole, qui fait que l’on s’attache à ce personnage. Je regrette seulement qu’il se termine si rapidement. On le quitte alors qu’il n’a pas 30 ans, découvrant que cet homme était en réalité un véritable héros.

16/20

De Cape et de Crocs, Actes III & IV

De Cape et de Crocs, Actes I & II, Jean Ayroles et Jean-Luc Masbou
Delcourt, 104 pages, novembre 2011

Quatrième de couverture :

À bord d’un vaisseau turc, un coffre. Dans le coffre, un écrin, dans l’écrin, une bouteille, dans la bouteille, une carte, et sur cette carte… l’emplacement du fabuleux trésor des îles Tangerines !… Il n’en faut pas plus à deux fiers gentilshommes, fins bretteurs et rimailleurs, pour se jeter dans une aventure qui, de geôles en galères, les mènera jusqu’aux confins du monde.

Mon avis :

Nous retrouvons nos compères là où nous les avons laissés à la fin de l’acte II. Ils vont poursuivre leurs aventures sur terre comme sur les mers, et les rebondissements seront nombreux. Mais ils sont plusieurs à vouloir rejoindre les îles Tangerines : notre loup et notre renard, bien évidemment, mais aussi les pirates, qui ont fait de Dona Hermine leur otage. Mais la belle gitane compte bien leur faire tourner la tête pour parvenir à ses fins. Au cours de leur périple, qui sera semé d’embûches en tous genres, Don Lope de Villalobos y Sangrin et Armand Raynal de Maupertuis se retrouveront dans une marmite, car des sauvages insulaires qui sembleront prévoir de faire d’eux leur dîner. Ils vont également rencontrer un nouveau personnage au nom quelque peu alambiqué, Bombastus Johannes Theophrastus Almagestus Wernher von Ulm, savant d’origine allemande, qui va désormais se joindre à eux. Bien évidemment, nous suivons aussi les protagonistes dont nous avons fait la connaissance dans les deux premiers actes.

Il y a du Molière, de la commedia dell’arte dans cette bande dessinée, mais pas uniquement. Les influences sont multiples. L’intrigue prend un autre tournant, et nous ne sommes plus dans le roman d’aventures ordinaire, car du fantastique s’ajoute à cela – imaginez qu’il va même y avoir un arbre à fromages ! Ayroles et Masbou nous offrent une suite de grande qualité, avec des textes toujours très travaillés et des dessins magnifiques. Cependant, le récit m’a semblé un peu moins drôle, et Eusèbe m’a clairement manqué. De plus, il n’y a plus le plaisir de la découverte de cet univers aussi incroyable qu’inattendu. Pour autant, cela reste une véritable œuvre, et je me réjouis de pouvoir lire les actes V et VI prochainement, car ils trônent déjà fièrement dans ma bibliothèque, d’autant que la scène finale est vraiment prometteuse !

17/20

Tendre trésor

Tendre trésor, Andréa Michel
Librinova, 341 pages, juin 202
1

Quatrième de couverture :

Géraldine Boudin, inspectrice des impôts déterminée à changer de vie, décide de tout plaquer. Elle se réfugie dans un village picard de son enfance où, sur une impulsion, elle se présente comme Alexia Guiducci, une romancière franco-italienne. Dès son arrivée, elle rencontre Philippe, un jeune homme séduisant dont l’orientation sexuelle interroge les habitants, et Franck, un artiste peintre qui l’attire dès le premier regard. Avec l’un, Géraldine simule une relation amoureuse ; avec l’autre, elle partage des moments intimes d’une intensité rare. Mais ce triangle amoureux n’est pas sa seule préoccupation. Sous son masque d’écrivaine, elle découvre qu’elle n’est pas la seule à avoir un jardin secret…

Mon avis :

Géraldine Boudin, une presque quinquagénaire d’origine picarde, était inspectrice des impôts. Elle a décidé de prendre une année sabbatique pour retourner dans la maison de son enfance. Elle revient incognito, sous une tout autre identité : elle est désormais Alexia Guiducci, une écrivaine – ou plutôt future romancière, car elle est en train de rédiger son premier ouvrage. Elle ne tarde pas à faire la connaissance de Philippe, plus jeune qu’elle de quelques années. D’ailleurs, de nombreux habitants sont prêts à parier qu’ils vont finir ensemble, donc Jacqueline, la tenancière du café, l’un des points névralgiques du coin. Et celle-ci est bien déterminée à donner un coup de pouce au destin, afin de prouver à son mari qu’il se trompe, et que non, Philippe n’est pas homosexuel. Parallèlement à cela, Alexia va faire la connaissance de Franck, le brocanteur du village. Plus vieux est d’un tout style très différent, elle ne tarde pas à succomber à la tentation. De quiproquos en situations pour le moins cocasses, nous allons voir Alexia évoluer, parfois telle une funambule, d’un homme à l’autre.

Ce roman est un petit vent de fraîcheur. J’ai ri à certaines scènes, et j’ai trouvé le personnage d’Alexia juste ce qu’il faut de loufoque. Elle se prend souvent les pieds dans le tapis, pour le plus grand plaisir des zygomatiques du lecteur. J’ai aimé les différents protagonistes qui gravitent autour d’elle, la façon dont on apprend à les connaître au fur et à mesure. L’histoire étant relatée par Alexia, nous avons des a priori sur certains, des questionnements sur d’autres, et notre point de vue évolue peu à peu. Le style est fluide, et les évènements s’enchaînent assez rapidement, ce qui apporte un certain rythme. Philippe et Franck vont, chacun à leur manière, permettre à Alexia de grandir et de changer de vie. Tous deux ont de profondes blessures, qu’elle va tenter de percer, car l’un et l’autre sont taiseux sur le sujet. Derrière un récit qui se veut drôle, des thèmes relativement forts sont abordés : la séparation, l’abandon, la trahison, le mensonge l’amour non réciproque, l’homosexualité, la naissance d’une amitié, la fin d’une autre… Malheureusement, certains points m’ont moins convaincue. Notamment les scènes de sexes décrites, dont je me serais volontiers passé. Par ailleurs, certains passages sont un peu tirés par les cheveux. Je ne doute pas que cela a pour but de participer au comique de situation, mais à en faire trop, l’auteure m’a parfois perdue.

14/20

Le jour où ma vie a vraiment dérapé

Le jour où ma vie a vraiment dérapé, Ève Borelli
Harper Collins, 256 pages, juin 2020

Quatrième de couverture :

Mais qu’est-ce qu’elle a fait au ciel pour se retrouver dans cette galère ? Pourtant, ce n’est pas comme si la vie de Lisie manquait d’animation : entre sa récente rupture et le nouveau directeur qui s’acharne sur elle, elle a de quoi s’occuper ! Visiblement, ça ne suffisait pas ; alors, on lui a envoyé Lucas, un journaliste chargé d’écrire un article sur le zoo dans lequel elle travaille. Un homme qui ne lui est pas tout à fait inconnu puisqu’ils se sont rencontrés la veille – lui, complètement ivre et poussant la chansonnette, elle, complètement mortifiée et en train de nettoyer l’enclos des éléphants. À jeun, Lucas a l’air plutôt normal. Voire charmant, si l’on fait abstraction de son côté arrogant. Mais, comme il semblerait que 99 % des habitants de la planète aient décidé de lui compliquer la vie, Lisie ne peut s’empêcher de se demander si Lucas va être un boulet de plus à son pied ou une aide précieuse pour sortir de ce pétrin…

Mon avis :

Lisie avait jusqu’à il y a peu un métier agréable : directrice de communication d’un zoo. Bien sûr, sa vie amoureuse était d’un calme plat désespérant, mais elle avait un patron super sympa, bossait avec sa meilleure amie Ludivine et avait une existence plutôt chouette. Tout ça, c’était jusqu’à ce que le directeur du zoo subisse un infarctus et qu’il confie la gestion de sa réserve à Théophile, son ignoble fils. Désormais, Lisie est tantôt ramasseuse de crottes d’éléphants, tantôt déguisée en mascotte officielle de l’établissement. Et quand elle rencontre Lucas, elle sent qu’il en faudrait peu pour que ce bel homme fasse chavirer son cœur… à moins que ce photographe ne soit un parfait gougeât. Vous voyez les comédies romantiques sans prétention qui sont diffusées à la télévision et que l’on se délecte à regarder ? Eh bien, Le jour où ma vie a dérapé, c’est exactement cela. Un bol d’air, un moment d’évasion, parfois de francs éclats de rire grâce à une héroïne désopilante et à une auteure qui sait fourrer ses protagonistes dans des situations rocambolesques.

Dès les premières pages, j’ai immédiatement apprécié le personnage de Lisie, qui celle que nous allons suivre tout au long de l’histoire. C’est une femme solaire, qui sait ce qu’elle veut et qui n’hésite pas à tout mettre en œuvre pour y parvenir – quitte à se retrouver pour cela dans des circonstances pour le moins cocasses. Elle voue une véritable haine à Théophile, le fils du directeur du zoo, un vieil homme charmant et bienveillant, contrairement à sa progéniture qui ne semble capable de communiquer que par chantages et menaces. On adore le détester à ses côtés. Son amitié avec Ludivine est sincèrement touchante. Les différents employés du zoo sont tous très soudés les uns aux autres, et ils forment une vraie famille. Ensemble, ils ne tergiverseront pas et se ligueront contre Théophile pour sauver leur réserve d’animaux. Quant à Lucas… on a dès le début une petite idée de comment les choses vont évoluer, mais ce n’est pas grave, on se délecte à suivre leur histoire jonchée de péripéties – il faut reconnaître que Lisie n’a pas son pareil pour se mettre des bâtons dans les roues. Alors oui, il y a parfois des ficelles un peu grosses que l’on pourrait critiquer… Mais en fait, non. C’est léger, drôle, et cela fait du bien. On tourne les pages sans même s’en rendre compte, et on referme le roman avec le sourire aux lèvres.  

17/20

Et ton cœur qui bat

Et ton cœur qui bat, Carène Ponte
Pocket, 264 pages, juin 2021

Quatrième de couverture :

Roxane est la créatrice d’un blog dans lequel elle raconte ses péripéties dans tous les coins de France. Pétillante dans ses articles, la jeune femme est pourtant rongée par la culpabilité et la haine. Alors qu’elle doit trouver un nouveau sujet, elle dépose ses valises dans un hôtel un peu particulier… Au Meilleur Ami de l’Homme, vous trouverez devant chaque chambre un petit chien abandonné que vous pourrez adopter ou non en partant. Mais dans cet hôtel, il y a également des personnes sages qui, malgré les cruautés du destin, se consolent grâce aux petits bonheurs de la vie… et apprendront peut-être à Roxane à trouver la force d’affronter le lendemain.

Mon avis :

Roxane est chroniqueuse sur le blog de l’entreprise qu’elle a créé avec son amie Sam : Voyag’Elles. Son travail consiste à partir en voyage et à tester différents lieux qu’elle mettra ainsi en avant sur un ton léger et humoristique. Cette fois-ci, elle se rend Au Meilleur Ami de l’Homme, un hôtel camarguais tenu par Frédéric, et pour dans lequel sa fille Albane, âgée de « presque treize ans », a eu une idée pour le moins originale : chaque chambre a un chien qui lui est dédié, et le client qui dort dans ladite chambre a la possibilité d’adopter la boule de poils dont il a partagé le quotidien l’espace de quelques nuits. Alors que Roxane vient en pensant n’y rester que quelques jours, elle est loin de se douter des individus formidablement attachants qu’elle va rencontrer, et d’à quel point ce petit séjour changera son existence. Derrière ce livre qui semble au premier abord être un roman feel good se cache en réalité une histoire bien plus profonde, avec des drames passés, des douleurs encore vives, et des personnes qui tentent de se reconstruire…

Ce roman de Carène Ponte met en scène plusieurs tranches de vie. Tout d’abord, il y a Roxane, qui essaie de ne rien laisser paraître, mais qu’une tragédie a brisée. Au début du récit, quelques sous-entendus sont faits, mais on est loin de se douter de l’intense blessure qui l’a meurtrie à tout jamais. Frédéric, propriétaire de l’hôtel et parent solo, élève sa fille du mieux qu’il peut ; la réussite est plutôt flagrante quand on voit le caractère bien trempé d’Albane et son ambition. Il y a également Gwenole, un vieil homme qui adore les cravates bien colorées, et qui habite ici pour pouvoir se rendre plusieurs fois par semaine au chevet de sa femme, qui vit dans un EPAD parce qu’elle souffre de la maladie d’Alzheimer, et ne le reconnaît désormais plus. N’oublions pas Neige, une superbe petite Loulou de Poméranie. À leurs côtés, nous allons passer par toute une palette d’émotions. Je me suis surprise à avoir la larme à l’œil, puis à arborer un grand sourire quelques pages plus tard. Carène Ponte a un don pour transmettre les sentiments, grâce à une écriture fluide et des protagonistes si bien travaillés que l’on s’attache sincèrement à eux, et que l’on referme le livre avec un pincement au cœur, car on a l’impression de quitter de vieux amis. C’est un très beau roman qui met du baume au cœur et qui fait du bien. Il s’agit là de ma première lecture d’un ouvrage de Carène Ponte, et je compte bien découvrir d’autres titres de sa bibliographie.

17/20

Les Indécis

Les Indécis, Alex Daunel
L’Archipel, 304 pages, août 2021

Quatrième de couverture :

« Je ne vous ai pas demandé qui vous étiez. Mais quoi. Quel genre littéraire ? »
Voilà comment Max, 33 ans, est accueilli dans un bâtiment froid et austère avant de comprendre qu’il vient de mourir dans un accident de voiture. Il n’est ni au Paradis, ni au Purgatoire, mais à l’Inspiratoire où les morts doivent choisir un genre littéraire afin d’inspirer un auteur sur terre. Ils sont ainsi réincarnés en personnages de roman. Sous le choc de sa mort brutale, Max a plus de questions que de réponses. Il est, ce que l’on appelle, un « Indécis ». Pour le guider, il peut compter sur Mme Schmidt, sa défunte professeure de français. Mais Max doit faire vite : il n’a que vingt-quatre heures pour prendre la plus importante décision… de sa seconde vie !

Mon avis :

Max, 33 ans, vient de perdre la vie dans un accident de la route. Arrivé dans l’au-delà, on lui fait une demande étonnante et inattendue. En effet, dans ce roman, Alex Daunel nous propose une vision de l’existence après la mort très originale, dans un univers très élaboré. Chaque individu doit décider quel genre littéraire il veut être, et il inspirera ainsi un auteur. Par conséquent, la personne décédée pourra aussi bien se retrouver dans un best-seller que dans un ouvrage qui restera à tout jamais au fond d’un tiroir. Mais Max, totalement hébété, ne sait quel choix faire. Il fait donc partie des Indécis, qui ont vingt-quatre heures pour délibérer. Afin de leur venir en aide pour résoudre ce dilemme, des guides leur sont envoyés. Celui de Max sera Mme Schmidt, une professeure de français qui l’a beaucoup marqué. Par le biais de diverses rencontres et conversations, nous allons découvrir qui était Max, quelle était sa vie. Outre cela, l’auteure nous rappelle le rôle primordial qu’ont les livres dans le quotidien de tout un chacun.

Avec Les Indécis, nous allons remonter le fil de l’histoire de Max. Qui était-il ? D’où vient-il ? Qui était ceux qu’il aimait et ceux qu’il a perdus ? Au fur et à mesure des discussions, il semble prendre du recul sur lui-même, et nous découvrons pourquoi il a fait tel choix plutôt que tel autre, pourquoi il a tu certains rêves, pourquoi il a rejeté totalement la littérature alors que Mme Schmidt avait le souvenir d’un élève brillant et prometteur. En lui permettant de découvrir qui il était réellement, cette ancienne professeure l’aide à déterminer ce qu’il sera dans l’au-delà. Quant à Mme Schmidt, elle ne sera pas en reste, puisque ses échanges avec Max contribueront également à ce qu’elle prenne LA décision – car oui, on n’est pas guide indéfiniment. C’est un ouvrage très touchant, et j’ai beaucoup aimé ce duo formé par Mme Schmidt et Max. Ils se complètent bien, et on voit au fur et à mesure leurs rapports évoluer. Au fur et à mesure, Max grandit et accepte ses erreurs et souffrances. Par ailleurs, l’auteure nous offre une réflexion sur la portée de la littérature, sur le lien indéfectible qui existe entre les hommes et les livres, et nous invite à lire encore plus, notamment pour mieux apprendre à nous connaître. Elle divulgue également de beaux messages, comme l’importance de ne pas écouter ses peurs, de ne pas avoir de regrets, d’oser prendre des risques et de vivre pleinement.

15/20

La Petite Fille de monsieur Linh

La Petite Fille de monsieur Linh, Philippe Claudel
Le Livre de Poche, 192 pages, août 2007

Quatrième de couverture :

C’est un vieil homme debout à l’arrière d’un bateau. Il serre dans ses bras une valise légère et un nouveau-né, plus léger encore que la valise. Le vieil homme se nomme Monsieur Linh. Il est seul désormais à savoir qu’il s’appelle ainsi. Debout à la poupe du bateau, il voit s’éloigner son pays, celui de ses ancêtres et de ses morts, tandis que dans ses bras l’enfant dort. Le pays s’éloigne, devient infiniment petit, et Monsieur Linh le regarde disparaître à l’horizon, pendant des heures, malgré le vent qui souffle et le chahute comme une marionnette.

Mon avis :

Monsieur Linh a dû laisser derrière lui son pays ravagé par la guerre. Il y a perdu son fils et sa belle-fille, sa femme ayant quitté le monde des vivants il y a déjà de nombreuses années. Il a abandonné les rizières, son village. Il a pris le bateau avec une valise contenant quelques affaires, une poignée de sa terre, une photographie et sa petite fille. Il chérit ce bébé, qui se prénomme Sang diû, comme son plus précieux trésor. Il arrive dans ce pays qu’il ne connaît pas, et dont il ne parle pas un traître mot. Grâce à une interprète, il va être logé avec d’autres réfugiés dans un habitat de fortune en attendant mieux. Ses colocataires l’ignorent pour certains, d’autres semblent le prendre pour un fou. Mais un jour, alors qu’il a commencé à sortir du dortoir depuis peu, il fait la rencontre d’un homme qui s’assied à ses côtés sur un banc. Bien qu’ils ne conversent pas dans la même langue, une sincère amitié se crée entre monsieur Linh et monsieur Bark. Ce dernier lui racontera qui il est, d’où il vient… Lui aussi a perdu sa femme. Et s’il sait que monsieur Linh ne le comprend pas, ses sourires et sa bienveillance l’apaisent. Quant à monsieur Linh, il apprécie ces moments privilégiés, cet homme grand et fort qui lui fait découvrir le quartier, ses cafés et restaurants.

De très nombreux sujets sont abordés par Philippe Claudel dans ce livre : le lien à sa terre natale, à ses origines, la séparation d’avec celui-ci, l’intégration dans un pays qui n’est pas le sien, l’amour, la perte d’êtres chers, l’amitié, la différence, les difficultés que l’on peut rencontrer pour se faire accepter, et bien d’autres… C’est un ouvrage très touchant. On ne peut que s’attacher à l’histoire de monsieur Linh, et se demander comment il va pouvoir procéder pour trouver sa place. Monsieur Bark est un personnage très émouvant lui aussi. En effet, il a également un passé douloureux. Ces deux êtres esseulés se retrouvent pour donner naissance à une belle amitié. Le tout est relaté avec beaucoup de poésie ; nous sommes presque en présente d’un conte. C’est magnifique. Et la fin nous propose une surprise vraiment étonnante, remettant en perspective le récit, dont une seconde lecture nous offrirait une vision différente de ce roman. La Petite Fille de monsieur Linh est une petite perle, un récit à découvrir. Pour ma part, j’ai très envie de me procurer d’autres romans de Philippe Claudel, que je n’avais jusqu’alors jamais lu. et je peux d’ores et déjà vous dire que j’ai jeté mon dévolu sur L’Archipel du chien.

17/20

Le Cerf-volant

Le Cerf-volant, Laetitia Colombani
Grasset, 208 pages, juin 2021

Quatrième de couverture :

Après le drame qui a fait basculer sa vie, Léna décide de tout quitter. Elle entreprend un voyage en Inde, au bord du Golfe du Bengale, pour tenter de se reconstruire. Hantée par les fantômes du passé, elle ne connaît de répit qu’à l’aube, lorsqu’elle descend nager dans l’océan indien. Sur la plage encore déserte, elle aperçoit chaque matin une petite fille, seule, qui joue au cerf-volant. Un jour, emportée par le courant, Léna manque de se noyer. La voyant sombrer, la fillette donne l’alerte. Léna est miraculeusement secourue par la Red Brigade, un groupe d’autodéfense féminine, qui s’entraînait tout près. Léna veut remercier l’enfant. Elle découvre que la petite travaille sans relâche dans le restaurant d’un cousin, qui l’a recueillie et l’exploite. Elle n’a jamais été à l’école et s’est murée dans un mutisme complet. Que cache donc son silence ? Et quelle est son histoire ?… Aidée de Preeti, la jeune cheffe de brigade au caractère explosif, Léna va tenter de percer son secret. Jadis enseignante, elle se met en tête de lui apprendre à lire et à écrire. Au cœur de ce monde dont elle ignore tout, commence alors une incroyable aventure où se mêlent l’espoir et la colère, la volonté face aux traditions, et le rêve de changer la vie par l’éducation… La rencontre inoubliable et réparatrice entre une femme, une jeune fille et une enfant au milieu d’une Inde tourmentée.

Mon avis :

À la suite d’un drame personnel, Léna n’a plus le choix. Si cette quarantenaire veut espérer survivre, il lui faut partir. Sa destination sera l’Inde. Là-bas, elle y découvre la misère la plus totale, des enfants obligés de sacrifier leur scolarité, et par conséquent leur avenir, pour travailler afin que leur famille puisse se nourrir. Mais tout change pour Léna lorsqu’une petite fille lui sauve la vie, aidée d’un groupe de femmes luttant contre les violences faites aux citoyennes indiennes, la Red Brigade. Alors, Léna décide de se reconstruire en Inde, en même temps qu’elle créera une école et offrira une éducation à tous ces enfants qui n’y ont pas accès. Outre Léna, qui va vivre une forme de renaissance tout au long du récit, nous allons suivre Lalita, que le lecteur a déjà rencontrée dans La Tresse, qui travaille désormais pour son oncle, Preeni, qui appartient à la caste des Intouchables et est la cheffe de la brigade d’intervention susmentionnée, ainsi que Kumra, un instituteur indien qui va se joindre à ce formidable projet. À travers ces tranches de vie, c’est la complexité du quotidien des citoyens pauvres de l’Inde que nous allons découvrir, où l’existence s’avère encore plus difficile lorsque l’on est une femme. 

Ce roman fut un véritable coup de cœur, sans doute ma meilleure lecture depuis le début de l’année. Récit fort, poignant, il ne laissera pas le lecteur indifférent, qui a le sentiment de partir également en voyage en Inde. On ne peut qu’être ému par la décision de Léna de créer cette école, mais tout aussi révolté par le refus des parents d’y inscrire leurs enfants, qui voient là la perte d’une main-d’œuvre gratuite. Mais c’est sans compter sur la ténacité et la générosité de notre enseignante. Les secrets des uns et des autres sont dévoilés au fur et à mesure du récit, apportant un suspense supplémentaire, dont le terrible drame qu’a vécu Léna, mais également les raisons qui ont poussé Preeni à monter ce gang de motardes. Ces trois femmes sont bouleversantes d’humanité, et plus on apprend à les connaître, plus on les apprécie. Le Cerf-volant est une véritable merveille, un petit bijou, qu’il faut lire, offrir et faire découvrir au plus grand nombre. Un ouvrage qui me marquera, et dont les personnages résonneront longtemps en moi.

19/20